Les plus belles paroles de J.J.G


Jean Jacques Goldman...Qui ne connait pas ? Personne. Si tout le monde connait Goldman, c'est pas un hasard. C'est tout simplement que c'est l'un des meilleurs paroliers, sinon le meilleur, de ce beau pays. Il est également un excellent interprète, musical et lyrique. Mais, par respect pour l'artiste et pour ne pas dévoiler l'homme, je me contenterai de déposer ici les plus belles paroles du "maître".


Chansons :


C'est pas d'l'amour

Ça ressemble à la Toscane douce et belle de Vinci
Les sages et beaux paysages font les hommes sages aussi
Ça ressemble à des images, aux saisons tièdes, aux beaux jours
Au silence après l'orage, au doux toucher du velours

C'est un peu comme ces musiques qu'on entend sans écouter
Ces choses qui n'existent jamais tant que le manque qu'elles ont laissé
Ça ressemble à ces grand-routes, sans virage, sans détour
La dolce vita sans doute
Mais en tout cas, c'est pas d'l'amour

Ça ressemble à la sagesse, à ces paix qu'on signe un jour
Juste au prix de nos jeunesses, sans trompette ni tambour
C'est plein de baisers caresses, plein de mots sucrés d'enfants
Attestations de tendresse, rituel rassurant
Harmonie, intelligence et raison ou sérénité
Complice connivence, autant de mots pour exprimer tout ce que c'est

C'est un peu tout ça tour à tour
Mais en tout cas c'est pas d'l'amour

Sans peur et sans solitude, le bonheur à ce qu'on dit
Y a bien des vies sans Beethoven et sans avis
Pourquoi pas des vies sans cri

Mais qu'on soit contre ou qu'on soit pour
Et tout cas c'est pas d'l'amour

C'est pas d'l'amour
C'est plus d'l'amour



Comme toi

Elle avait les yeux clairs et la robe en velours
A côté de sa mère et la famille autour
Elle pose un peu distraite au doux soleil de la fin du jour

La photo n'est pas bonne mais l'on peut y voir
Le bonheur en personne et la douceur d'un soir
Elle aimait la musique, surtout Schumann et puis Mozart
Comme toi, comme toi, comme toi, comme toi
Comme toi, comme toi, comme toi, comme toi
Comme toi que je regarde en bas
Comme toi qui dors en rêvant à quoi
Comme toi, comme toi, comme toi, comme toi

Elle allait à l'école au village d'en bas
Elle apprenait les livres, elle apprenait les lois
Elle chantait les grenouilles
Et les princesses qui dorment au bois

Elle aimait sa poupée, elle aimait ses amis
Surtout Ruth et Anna et surtout Jéremie
Et ils se marieraient un jour peut-être à Varsovie

Comme toi, comme toi, comme toi, comme toi
Comme toi, comme toi, comme toi, comme toi
Comme toi que je regarde en bas
Comme toi qui dors en rêvant à quoi
Comme toi, comme toi, comme toi, comme toi

Elle s'appelait Sarah elle n'avait pas huit ans
Sa vie c'était douceur, rêves et nuages blancs
Mais d'autres gens en avaient décidé autrement

Elle avait les yeux clairs et elle avait ton âge
C'était une petite fille sans histoire et très sage
Mais elle n'est pas née comme toi ici, et maintenant

Comme toi, comme toi, comme toi, comme toi
Comme toi, comme toi, comme toi, comme toi
Comme toi que je regarde en bas
Comme toi qui dors en rêvant à quoi
Comme toi, comme toi, comme toi, comme toi



Confidentiel

Je voulais simplement te dire
Que ton visage et ton sourire
Resteront près de moi, sur mon chemin

Te dire que c'était pour de vrai
Tout c'qu'on s'est dit, tout c'qu'on a fait
Qu'c'était pas pour de faux, que c'était bien

Faut surtout jamais regretter
Même si ça fait mal, c'est gagné
Tous ces moments, tous ces mêmes matins

J'vais pas te dire qu'faut pas pleurer
Y'a vraiment pas d'quoi s'en priver
Et tout c'qu'on n'a pas loupé, le valait bien

Peut-être on se retrouvera
Peut-être que peut-être pas
Mais sache qu'ici bas, je suis là

Ça restera comme une lumière
Qui m'tiendra chaud dans mes hivers
Un petit feu de toi qui s'éteint pas



En passant

Toutes les ébènes ont rendez-vous
Lambeaux de nuit quand nos ombres s'éteignent
Des routes m'emmènent, je ne sais où
J'avais les yeux perçants avant, je voyais tout

Doucement reveinnent à pas de loup
Reines endormies, nos déroutes anciennes
Coulent les fontaines jusqu'où s'échouent
Les promesses éteintes et tous nos voeux dissous

C'était des ailes et des rêves en partage
C'était des hivers et jamais le froid
C'était des grands ciels épuisés d'orages
C'était des paix que l'on ne signait pas
Des routes m'emmènent, je ne sais où

J'ai vu des oiseaux, des printemps, des cailloux
En passant

Toutes nos défaites ont faim de nous
Serments résignés sous les maquillages
Lendemains de fête, plus assez saouls
Pour avancer, lâcher les regress trop lourds

Déjà ces lents, ces tranquilles naufrages
Déjà ces cages qu'on n'attendait pas
Déjà ces discrets manques de courage
Tout ce qu'on ne sera jamais, déjà

J'ai vu des bateaux, des fleurs, des rois
Des matins si beaux, j'en ai cueilli parfois
En passant...



Ensemble

Souviens-toi
Etait-ce mai, novembre
Ici ou là ?
Etait-ce un lundi ?
Je ne me souviens que d'un mur immense
Mais nous étions ensemble
Ensemble, nous l'avons franchi
Souviens-toi
Reviens-moi
De tes voyages si loin
Reviens-moi
Tout s'ajoute à ma vie
J'ai besoin de nos chemins qui se croisent
Quand le temps nous rassemble
Ensemble, tout est plus joli



Envole-moi

Minuit se lève en haut des tours
Les voix se taisent et tout devient aveugle et sourd
La nuit camoufle pour quelques heures
La zone sale et les épaves et la laideur

J'ai pas choisi de naître ici
Entre l'ignorance et la violence et l'ennui
J'm'en sortirai, j'me le promets
Et s'il le faut, j'emploierai des moyens légaux

Envole-moi, envole-moi, envole-moi
Loin de cette fatalité qui colle à ma peau
Envole-moi, envole-moi
Remplis ma tête d'autres horizons, d'autres mots
Envole-moi

Pas de question ni rébellion
Règles du jeu fixées mais les dés sont pipés
L'hiver est glace, l'été est feu
Ici, y'a jamais de saison pour être mieux

J'ai pas choisi de vivre ici
Entre la soumission, la peur ou l'abandon
J'm'en sortirai, je te le jure
A coup de livres, je franchirai tous ces murs

Envole-moi, envole-moi, envole-moi
Loin de cette fatalité qui colle à ma peau
Envole-moi, envole-moi
Remplis ma tête d'autres horizons, d'autres mots
Envole-moi

Me laisse pas là, emmène-moi, envole-moi
Croiser d'autres yeux qui ne se résignent pas
Envole-moi, tire-moi de là
Montre-moi ces autres vies que je ne sais pas
Envole-moi, envole-moi, envole-moi
Regarde-moi bien, je ne leur ressemble pas
Me laisse pas là, envole-moi
Avec ou sans toi, je n'finirai pas comme ça
Envole-moi, envole-moi, envole-moi...



Fermer les yeux

Et puis cette ombre au fond de l'ombre
Et puis ces deux mains qui se nouent
Ces gestes faits et refaits sans en voir le bout
Et puis cette ombre encore debout

Le cri d'une sirène
Quand le jour a déteint
Parenthèse de peine
L'oubli jusqu'à demain

Longue secondes inertes
Le corps à l'abandon
Gestes lents, cigarettes
Puis s'essuyer le front

Vague regard au ciel
Pour l'heure ou pour le temps
Trop de pluie, de soleil
C'est tout c'qu'il en

Déjà loin de ses haines
Aussi loin qu'il le peut
Où ses rêves l'entraînent
Quand il ferme les yeux

Et puis cet orage sans cage
Et puis tous ces hommes en essai
Son grave visage, maquillage, sans âge
Et puis ces billets dans ta main

Tu peux prendre ses lèvres
Tu peux goûter sa peau
Décider de ses gestes
Même dicter ses mots

Soumettre à tes plaisirs
Tant que le compte est bon
Arracher des sourires
Même changer son nom

Maître d'une apparence
Possédant de si peu
D'un vide, d'une abscence
Dès qu'elle ferme les yeux

Quand la peine est trop lourde
Quand le monde est trop laid
Quand la chance est trop sourde
La vérité trop vraie

Comme un dernier voyage
Pour y voir enfin mieux
Enfin d'autres images
Quand on ferme nos yeux
Quand on ferme nos yeux



Filles faciles

J'ai une tendresse particulière
Pour ces filles qui n'ont pas d'manières
Les hospitalières, les dociles
Vous les appelez les filles faciles

Celles qui marchandent pas leur corps
Ni pour des mots ni pour de l'or
Pour qui faut pas tout un débat
Ni pour leur haut ni pour leur bas

Pour quelques notes de guitare
Elles dormiront un peu plus tard
Elles disent que les matins, c'est bien
Elles disent qu'à deux, c'est encore mieux

Les inespérées, les timides
Celles qui comprennent sans qu'on leur dise
Pour qui ne suffit qu'un regard
Pour que tout s'allume en un soir

Petite chanson d'reconnaissance
Pour ces stars d'mon adolescence
Je n'en ai oublié aucune
Chères et précieuses une à une

Celles qui m'ont trouvé consommable
Avant que j'sois dans les hit-parades
Dans les bals ou les MJC
Comme au plus haut des colisées

Celles qui n'échangent pas leur plaisir
Pour ce qu'on pense ou c'qu'on va dire
Qui disent OK pour les enfers
Contre un peu d'paradis sur terre

Des p'tits moments piqués en fraude
Comme un automne aux pays chauds
Plein du goût des baisers volés
Toujours un p'tit peu plus sucrés

Sans qu'on en parle ou qu'on y pense
Sans après promis ni juré
ça n'a pas la moindre importance
Quand c'est l'amour qu'on aime aimer

Ce soir, je veux leur rendre hommage
Ce sera la seconde fois
Qu'elles sachent qu'il m'est dommage
De ne le faire que par la voix



Il y a

Il y a
Du thym, de la bruyère
Et des bois de pin
Rien de bien malin
Il y a
Des ruisseaux, des clairières
Pas de quoi en faire
Un plat de ce coin

Il y a
Des odeurs de menthe
Et des cheminées
Et des feux dedans
Il y a
Des jours et des nuits lentes
Et l'histoire absente
Banalement

Et loin de tout, loin de moi
C'est là que tu te sens chez toi
De là que tu pars, où tu reviens chaque fois
Et où tout finira

Il y a des enfants, des grands-mères
Une petit église
Et un grand café
Il y a au fond du cimetière
Des joies, des misères
Et du temps passé

Il y a une petite école
Et des bancs de bois
Tout comme autrefois
Il y a des images qui collent
Au bout de tes doigts
Et ton coeur qui bat

Et plus la terre est aride, et plus cet amour est grand
Comme un mineur à sa mine, un marin à son océan
Plus la nature est ingrate, avide de sueur et de boue
Parce que l'on a tant besoin que l'on ait besoin de nous
Elle porte les stigmates de leur peine et de leur sang
Comme une mère préfère un peu son plus fragile enfant



Je ne vous parlerai pas d'elle

Je vous dirais ma vie dans son nu le plus blême
Dans les matins pâlis où plus rien ne protège
Je vous dirai mes cris jusqu'aux plus imbéciles
Je vous livrerai tout jusqu'au bout de mes cils

Tout mes gestes promis, tout ce que je pense
Des mes coups de colère à mes coups de romance
En toute complaisance, en toute impudeur
Compte rendu fidèle de toutes mes heures

J'avouerai tous les trucs interdits, les méthodes
je vous dirai les clés, vous livrerai les codes
Les secrets inconnus, à lire entre les lignes
Les talismans perdus, les chiffres et les signes

Les arrières pensées avec inconscience
Mes goûts et mes dégoûts et tous mes coups de chance
Même sans intéret, même un peu faciles
Mes fantasmes enterrés, mes idées les plus viles

Mais je ne vous parlerai pas d'elle
je ne vous parlerai pas d'elle
Elle est à côté de moi quand je me réveille
Elle à sûrement un contrat avec mon sommeil
Je ne vous parlerai pas d'elle
Elle est mon sol, elle et mon ciel
Elle est là, même oû mes pas ne me guident pas
Et quand je suis pas là elle met mes pyjamas
Elle est plus que ma vie, elle est bien mieux que moi
Elle est ce qui me reste quand je fais plus le poids
Je ne vous parlerai pas d'elle

Elle est à côté de moi quand je me reveille
Elle à sûrement un contrat avec mon sommeil
Elle est là, même oû mes pas ne me guident pas
Et quand je suis pas là elle met mes pyjamas
Elle est plus que ma vie, elle est bien mieux que moi
Elle est ce qui me reste quand je fais plus le poids
Je ne vous parlerai pas d'elle



Je te promets

Je te promets le sel au baiser de ma bouche
Je te promets le miel à ma main qui te touche
Je te promets le ciel au dessus de ta couche
Des fleurs et des dentelles
Pour que tes nuits soient douces

Je te promets la clé des secrets de mon âme
Je te promets la vie de mes rires à mes larmes
Je te promets le feu à la place des armes
Plus jamais des adieux
Rien que des au revoir

J'y crois comme à la terre
J'y crois comme au soleil
J'y crois comme un enfant,
Comme on peut croire au ciel
J'y crois comme à ta peau
A tes bras qui me serrent
J'te promets une histoire différente des autres
J'ai tant besoin d'y croire, encore

Je te promets des jours
Tous bleus comme tes veines
Je te promets des nuits rouges
Comme tes rêves
Des heures incandescentes
Et des minutes blanches
Des secondes insouciantes
Au rythme de tes hanches

Je te promets mes bras
Pour porter tes angoisses
Je te promets mes mains
Pour que tu les embrasses
Je te promets mes yeux
Si tu ne peux plus voir
J'te promets d'être heureux
Si tu n'as plus d'espoir
Je te promets une histoire
Différente des autres
J'ai tant besoin d'y croire, encore

Et même si c'est pas vrai
Si on te l'a trop fait
Si les mots sont usés
Comme écrits à la craie
On fait bien des grands feux
En frottant des cailloux
Peut-être avec le temps
A la force d'y croire
On peut juste essayer pour voir

Et même si c'est pas vrai
Même si je mens
Si les mots sont usés
Légers comme du vent
et même si notre histoire
Se termine au matin
J'te promets un moment
De fièvre et de douceur
Pas toute la vie mais quelques heures.

Je te promets le sel au baiser de ma bouche
Je te promets le miel à ma main qui te touche
Je te promets le ciel au dessus de ta couche
Des fleurs et des dentelles
Pour que tes nuits soient douces



J'l'aime aussi

On devrait pas croiser dans les rues
Les beaux regards des belles inconnues Surtout ne plus entendre les voix
De ces sirènes aux parfums hors la loi
J'ai pas tué, pas nié, pas volé
Pas même réussi à regretter
Quand j'suis contre elle, c'est pas contre toi
Et quand on aime, d'abord, on n'compte pas
On pardonne un jour tous les faits de guerre
On n'oublie guère les effets de l'amour

Banale histoire anormale, amorale
Illégal écart entre bien et mal
Belle et blasphème la même nouvelle
Primo je t'aime, t'aime

Mais qu'y puis-je si j'l'aime aussi ?
On n'aura jamais de train pour l'amour
Jamais d'horaires, de rails, sans détours, la vie
J'l'aime aussi
Et Rome sermonne et clochers carillonnent
Y en a pourtant tant qui n'aiment personne

Si l'homme occidental est monogame
Sait-on si l'amour l'est aussi ?
Pas loin d'ici, à quelques kilomètres
L'on dit que le "game est poly"
Jules et Jim et Jeux interdits
Quand les musiques en trio sont jolies
Dites-moi qui, qui mérite ici
L'exclusivité de toute une vie ?

Dans les marées basses du manque d'amour
Bénis les vivants même à double tour d'envie
J'l'aime aussi
Où et quand, à qui, de quoi s'excuser
Y en a tant qui haïssent à volonté



Juste après

Elle a éteint la lumière?
Et puis qu'est-ce qu'elle a bien pu faire,
Juste après?

Se balader, prendre l'air?
Oublier le sang, l'éther
C'était la nuit ou le jour?
Juste après

Deux, trois mots d'une prière?
Ou plutôt rien et se taire
Comme un cadeau qu'on savoure
Qu'a-t-elle fait?

Un alcool, un chocolat?
Elle a bien un truc comme ça
Dans ces cas-là

Le registre, un formulaire
Son quotidien, l'ordinaire
Son univers

A-t-elle écrit une lettre?
Fini un bouquin peut-être?
Une cigarette?

Qu'est-ce qu'on
Peut bien faire
Après ça?
Elle y est sûrement retournée
Le regarder respirer
Puis s'est endormie

Comme dormait cet enfant
Si paisible en ignorant
Qu'on en pleurait jusqu'ici

Mais qu'est-ce qu'on peut bien faire
Après ça?


Cette chanson, Goldman l'a écrite après avoir vu une émission à la télé. «[...]... Ça s'appelait "les nouveaux far west", ça se passait au Zaïre. A un moment on voyait une femme blanche dans un dispensaire de brousse, une soeur ou une infirmière assez âgée. Elle venait d'accoucher une femme. L'enfant ne respirait pas. C'était incroyable, presque insupportable. Cela a duré quelques minutes, deux ou dix. Cette femme silencieuse, en train d'essayer de le ranimer. Pas un commentaire, rien, l'image brute. Elle qui le frappait, le secouait, le pendait par les pieds, le baignait d'eau froide, le giflait. C'était très violent. Et puis l'enfant a cligné des yeux. Revenu à lui, vivant, ignorant la chance inouie qu'il a eue de croiser le chemin de cette femme.[...]».

Au départ, j'aimais pas spécialement cette chanson...mais dés que j'ai connu l'anecdote qui faisait l'âme de cette chanson, je l'ai adoré, tout à coup.



Là-bas

Là-bas
Tout est neuf et tout est sauvage
Libre continent sans grillage
Ici, nos rêves sont étroits
C'est pour ça que j'irai là-bas

Là-bas
Faut du coeur et faut du courage
Mais tout est possible à mon âge
Si tu as la force et la foi
L'or est à portée de tes doigts
C'est pour ça que j'irai là-bas

N'y va pas
Y'a des tempêtes et des naufrages
Le feu, les diables et les mirages
Je te sais si fragile parfois
Reste au creux de moi

On a tant d'amour à faire
Tant de bonheur à venir
Je te veux mari et père
Et toi, tu rêves de partir

Ici, tout est joué d'avance
Et l'on n'y peut rien changer
Tout dépend de ta naissance
Et moi je ne suis pas bien né

Là-bas
Loin de nos vies, de nos villages
J'oublierai ta voix, ton visage
J'ai beau te serrer dans mes bras
Tu m'échappes déjà, là-bas

J'aurai ma chance, j'aurai mes droits
N'y va pas
Et la fierté qu'ici je n'ai pas
Là-bas
Tout ce que tu mérites est à toi
N'y va pas
Ici, les autres imposent leur loi
Là-bas
Je te perdrai peut-être là-bas
N'y va pas
Mais je me perds si je reste là
Là-bas
La vie ne m'a pas laissé le choix
N'y va pas
Toi et moi, ce sera là-bas ou pas
Là-bas
Tout est neuf et tout est sauvage
N'y va pas
Libre continent sans grillage
Là-bas
Beau comme n'imagine pas
N'y va pas
Ici, même nos rêves sont étroits
Là-bas
C'est pour ça que j'irai là-bas
N'y va pas
On ne m'a pas laissé le choix
Là-bas
Je me perds si je reste là
N'y va pas
C'est pour ça que j'irai là-bas



Le rapt

Restez calme et surtout, surtout n'ayez pas peur
Je ne vous toucherai pas et j'suis pas un voleur
Déséquilibré un peu, mais innoffensif
Je ne vous garderai ici que quelques heures
J'ai pas l'intention d'abuser de vos charmes
Ne craignez rien, regardez-moi, je suis sans arme
Mais j'en pouvais plus de vous croiser dans la rue
Sans un regard, comme si vous ne m'aviez pas vu
C'est un ravissement, c'est comme un rapt in blue
C'est un message, un cri, un nouveau billet doux
C'est un attentat, un acte de désespoir
C'est un rêve en réalité, mais pour un soir
C'est votre beauté glacée, votre indifférence
Pourtant si proche, votre inaccessible absence
Moi, j'espérais tous les soirs à six heures un quart
Vous me laissiez perdant sur ce maudit trottoir

Avoue
J'avoue tout
Il est fou
Pas si fou
Corde au cou
Je m'en fous
Haut et court
Pauvre amour

J'aurais pu vous rencontrer dans une party
Vous m'auriez parlé, peut-être m'auriez souri
Entre gens d'un certain milieu, d'un certain style
Le contact est permis, on se trouve en famille
Mais une fois sortis de ces beaux appartements
Les visages et les coeurs se ferment comme avant
Ma famille à moi, mon domaine, c'est la rue
Mais comment se rencontrer sur une avenue

Vous pouvez rentrer chez vous, il est déjà tard
On doit sûrement s'inquiéter de votre retard
J'ai aimé les minutes de votre présence
Vous ai donné les preuves de mon innocence
J'ai aimé votre désarroi, votre peur
Je me suis réchauffé à votre malheur
J'ai brisé l'apparence toute glacée
J'ai même trouvé une larme inespérée



Natacha

De mes tristesses me reste un grand manteau
Qui laisse passer le froid
De ces lambeaux de jeunesse un vieux chapeau
Qui ne me protège pas
Je sais mieux choisir un chemin,
Me méfier d'une main
Tu vois je ne sais rien
Le temps qui passe ne guérit de rien Natacha
Toi tu le sais bien

De mille ans de froid, de toundra
De toutes ces Russie qui coulent en toi
De trop d'hivers et d'espoirs et d'ivresse
Au chant des Balalaïkas
Tu dis qu'on a peur et qu'on glisse en ses peurs
Comme glissent les nuits de Viatka
Dans chacun de tes baisers Natacha
C'est tout ça qui m'attache à toi



Ne lui dis pas

Troubles images issues du temps
Messages d'enfant
Vagues voyages au gré d'avant

Ne lui dis pas
Ce n'est qu'à toi
Rêve tout bas
Ne lui dis pas

Tendres caresses, fièvres et sang
Les peaux s'entendent et se tendent
Paupières closes, qui te prend?

Ne lui dis pas
Ca sert à quoi
Ce n'est qu'à toi
Ne lui dis pas

On n'avoue rien si l'on est innocent
Les mots sont vains, les mystères indulgents
La pénombre éclaire
Du silence au mensonge
C'est l'espace des songes

Page après page, vie sur vie
Quand les questions dansent
N'est-ce que ca? Était-ce lui?

Ne lui dis pas
Ce n'est qu'à toi
Rêve plus bas
Ne lui dis pas

Qu'il est si tard, qu'il ne t'étonne plus
Qu'il ne sait pas et qu'il n'a jamais su
Que bientôt l'hiver
Si c'était à refaire
Mais "chut" mieux veut se taire
Ne lui dis pas



Né en 17 à Leidenstadt

Et si j'étais né en 17 à Leidenstadt
Sur les ruines d'un champ de bataille
Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens
Si j'avais été allemand ?

Bercé d'humiliation, de haine et d'ignorance
Nourri de rêves de revanche
Aurais-je été de ces improbables consciences
Larmes au milieu d'un torrent

Si j'avais grandi dans les docklands de Belfast
Soldat d'une foi, d'une caste
Aurais-je eu la force envers et contre les miens
De trahir: tendre une main

Si j'étais née blanche et riche à Johannesburg
Entre le pouvoir et la peur
Aurais-je entendu ces cris portés par le vent
Rien ne sera comme avant

On saura jamais c'qu'on a vraiment dans nos ventres
Caché derrière nos apparences
L'âme d'un brave ou d'un complice ou d'un bourreau?
Ou le pire ou plus beau ?
Serions-nous de ceux qui résistent ou bien les moutons d'un troupeau
S'il fallait plus que des mots ?

Et si j'étais né en 17 à Leidenstadt
Sur les ruines d'un champ de bataille
Aurais-je été meilleur ou pire que ces gens
Si j'avais été allemand ?

Et qu'on nous épargne à toi et moi si possible très longtemps
D'avoir à choisir un camp



Nuit

La nuit t'habille dans mes bras
Pâles rumeurs et bruits de soie
Conquérante immobile
Reine du sang des villes
Je la supposais, la voilà

Tout n'est plus qu'ombre, rien ne ment
Le temps demeure et meurt pourtant
Tombent les apparences
Nos longs, si longs silences
Les amants se perdent en s'aimant

Solitaire à un souffle de toi
Si près tu m'échappes déjà
Mon intime étrangère
Se trouser c'est se défaire
À qui dit-on ces choses-là ?

As dawn lights up another day
Visions I once had fade away
All of those words unspoken
My wildest dreams all broken
It wasn't supposed to be that way

Should I leave why should I stay
Solitaire à un souffle de toi
Leavin' behind me yesterday
Tout près tu m'échappes déjà
Am I free or forsaken
Mon intime étrangère
Cheated or awakened
Se trouver, se défaire
Does it matter anyway ?



On ira

On partira de nuit, l'heure où l'on doute
Que demain revienne encore
Loin des villes soumises, on suivra l'autoroute
Ensuite on perdra tous les nords

On laissera nos clés, nos cartes et nos codes
Prisons pour nous retenir
Tous ces gens qu'on voit vivre comme s'ils s'ignoraient
Qu'un jour il faudra mourir

Et qui se font surprendre au soir

Oh belle, on ira
On partira toi et moi, où ?, je sais pas
Y'a que les routes qui sont belles
Et peu importe où elles nous mènent
Oh belle, on ira, on suivra les étoiles et les checheurs d'or
Si on en trouve, on cherchera encore

On n'échappe à rien pas même à ses fuites
Quand on se pose on est mort
Oh j'ai tant obéi, si peu choisi petite
Et le temps perdu me dévore

On prendra les froids, les brûlures en face
On interdira les tiédeurs
Des fumées, des alcools et des calmants cuirasses
Qui nous ont volé nos douleurs
La vérité nous fera plus peur

Oh belle, on ira
On partira toi et moi, où?, je sais pas
Y'a que des routes qui tremblent
Les destinations se ressemblent
Oh belle, tu verras
On suivra les étoiles et les chercheurs d'or
On s'arrêtera jamais dans les ports

Belle, on ira
Et l'ombre ne nous rattrapera peut-être pas
On ne changera pas le monde
Mais il nous changera pas
Ma belle, tiens mon bras
On sera des milliers dans ce cas, tu verras
Et même si tout est joué d'avance, on ira, on ira

Perso, je n'aime pas franchement cette chanson, Goldman non plus, d'ailleurs. Mais je la mets parce que ma bien-aimée l'aime beaucoup...Et qui sait...? :o))


Parler d'ma vie

J'voulais t'parler d'ma vie, c'est rare quand ça m'arrive
Un moment suffira, y'a pas grand chose à dire
Passé trente ans et je sais, au moins, j'imagine
Je n'aurai pas mon nom dans les magazines

Vois-tu, je suis de ceux que la foule rassure
On ne peut être rien que parmi des milliers
"Has been" avant d'avoir été, c'est un peu dur
Ma vie, tout l'monde aurait si bien pu s'en passer

Je te dis pas les peurs, les lueurs et les flammes
Je te dis pas le sang qui fait cogner le coeur
Je te dis pas ces moments si froids et si pâles
Et son visage qui justifiait mes heures

Je suis le cours des choses, je vais où l'on m'entraîne
Je suis de ces gens là qui ne choisissent pas
Tu peux bien penser que ces vies sont des vies vaines
Mais le hasard invente et colorie parfois

Quand je pense à tout ça, ça m'colle la migraine
Pourquoi vendre toujours quand y a tant à donner
T'as beau m'expliquer qu'ça fait partie d'un système
Il me faut bien des pilules pour l'avaler



Pas toi

Graver l'écorce
Jusqu'à saigner
Clouer les portes
S'emprisonner

Vivre des songes
A trop veiller
Prier des ombres
Et tant marcher

J'ai beau me dire
Qu'il faut du temps
J'ai beau l'écrire
Si noir sur blanc
Quoi que je fasse
Où que je sois
Rien ne t'efface
Je pense à toi

Passent les jours
Vides sillons
Dans la raison
Mais sans amour

Passe ma chance
Tournent les vents
Reste l'absence
Obstinément

J'ai beau me dire
Que c'est comme ça
Que sans vieillir
On n'oublie pas
Quoi que je fasse
Où que je sois
Rien ne t'efface
Je pense à. toi
Et quoi que j'aprenne
Je ne sais pas
Pourquoi je saigne
Et pas toi

Y'a pas de haine
Y'a pas de roi
Ni Dieu, ni chaîne
Q'on ne combat
Mais que faut-il
Quelle puissance?
Quelle arme brise
L'indifférence?

Oh, c'est pas juste
C'est mal écrit
Comme une injure
Plus qu'on mépris
Quoi que je fasse
Où que je sois
Rien ne t'efface
je pense à toi
Et quoi que j'aprenne
Je ne sais pas
Pourquoi je saigne
Et pas toi... et pas toi



Peur de rien blues

Y'a les choses qu'on peut faire
Et puis celles qu'on doit pas
Y'a tout c'qu'on doit taire
Tout c'qui ne se dit pas
Des vies qui nous attirent
De brûlures et de clous
Oui, mais ne pas les vivre
C'est encore pire que tout
De sagesse en dérive
De regrets en dégoûts
Y'a qu'une guitare à la main
Qu'j'ai peur de rien

Quand les juges délibèrent
Si j'fais mal ou j'fais bien
Si j'suis vraiment sincère
Moi j'sais même plus très bien
Quand les rumeurs "vipèrent"
Quand l'image déteint
Il m'reste ce vrai mystère
Et ça, ça m'appartient
Quand je frôle la lumière
Qu'un instant je la tiens
Avec ma guitare à la main
J'ai peur de rien

Y'a des choses qu'on pense
Qu'on voyait pas comme ça
Mais on garde le silence
Et on presse le pas
Des regards qu'on détourne
Des gestes qu'on fait pas
La conscience un peu sourde
Et pas très fier de soi
Quand la dose est trop lourde
Quand l'blues va un peu loin
J'prends ma guitare à la main
Et j'ai peur de rien



P'tit blues peinard

J'suis rentré un soir
Pas bien, pas beau, blafard
J'ai pris ma guitare
Comme dans toutes ces histoires
J'ai fait couler mes idées noires
Dans un p'tit blues peinard

Mon voisin Léo, c'lui qui joue du piano
Léo est pas beau, Léo est laid et gros
Ça l'empêche pas d'prendre son panard
Dans mon p'tit blues peinard

Les félés du d'ssus
Sympas quand ils ont bu
Ces rois d'la rythmique
Batterie, basse électrique
Ils sont fêlés mais pas ringards
Dans mon p'tit blues peinard

Les lapins du d'ssous
Ont bien dix-sept enfants
Mais ils sont tous fous
D'un instrument à vent
Quand ils jouent tu t'crois dans un' gare
Pas dans un blues peinard

On n'est pas malin
Pas très beau, pas très bien
On n'est pas certains d'être encore là demain
En attendant pour nos cafards
Y'a nos p'tits blues peinards

J'suis rentré un soir
Pas bien, pas beau, blafard
J'ai pris ma guitare
Comme dans toutes ces histoires

J'ai fait couler mes idées noires
Dans un p'tit blues peinard

On n'est pas malin...



Puisque tu pars

Puisque l'ombre gagne
Puisqu'il n'est pas de montagne
Au-delà des vents, plus haute que les marches de l'oubli
Puisqu'il faut apprendre
A défaut de le comprendre
A rêver nos désirs et vivre des ainsi soit-il
Et puisque tu penses
Comme une intime évidence
Que parfois même tout donner n'est pas forcément suffire
Puisque c'est ailleurs
Qu'ira mieux battre ton coeur
Et puisque nous t'aimons trop pour te retenir
Puisque tu pars

Que les vents te ménent où d'autres âmes plus belles
Sauront t'aimer mieux que nous puisque l'on ne peut t'aimer plus
Que la vie t'apprenne
Mais que tu restes le même
Si tu te trahissais, nous t'aurions tout à fait perdu
Garde cette chance
Que nous t'envions en silence
Cette force de penser que le plus beau reste à venir
Et loin de nos villes
Comme octobre l'est d'avril
Sache qu'ici reste de toi comme une empreinte indélébile

Sans drame, sans larmes
Pauvres et dérisoires armes
Parce qu'il est des douleurs qui ne pleurent qu'à l'intérieur
Puisque ta maison
Aujourd'hui, c'est l'horizon
Dans ton exil, essaie d'apprendre à revenir
Mais pas trop tard

Dans ton histoire
Garde en memoire
Notre au revoir
Puisque tu pars

J'aurais pu fermer, oublier toutes ces portes
Tout quitter sur un simple geste, mais tu ne l'as pas fait
J'aurais pu donner tant d'amour et tant de force
Mais tout ce que je pouvais, ça n'était pas encore assez
Pas assez, pas assez, pas assez...



Quelque chose de bizarre

C'était mois de novembre, le samedi 17 au soir
Dans ce coin de légende où les trains ne mènent nulle part
La chaleur était pesante et le vent chaud incitait à boire
Je suis descendu fourbu tout seul à la petite gare

Il y avait quelque chose dans l'air, quelque chose de bizarre
Le silence pesant des enfant qui jouaient sur les trottoirs
Les vieux assis sur leurs bancs avec leurs drôles de regards
Qui brillaient étrangement sans rien fixer, ni sans rien voir

C'était comme si les hommes avaient fui tout à coup
Un rayon de lune éclairait une orée dans la forêt
Le chemin sentait la menthe, brume blanche jusqu'à mes genoux
Quand j'ai entendu plus loin leurs chants graves qui me guidaient

Ils étaient rassemblés autour d'un grand trou vide et tout noir
Ils se balançaient en chantant, les mains tendues vers le Maître
Soudaint, tout cessa brusquement, et son doigt montra juste ma cachette
Venez, nous vous attendions, ce soir vous n'êtes pas en retard

Il y avait quelque chose dans l'air
Le silence pesant des enfant qui jouaient sur les trottoirs
Les vieux assis sur leurs bancs avec leurs drôles de regards
Qui brillaient étrangement sans rien fixer, ni sans rien voir



Reprendre c'est voler

Je garderai les disques, et toi l'électrophone
Les préfaces des livres, je te laisse les fins
Je prends les annuaires, et toi le téléphone
On a tout partagé, on partage à la fin

Je prends le poisson rouge, tu gardes le bocal
A toi la grande table, à moi les quatre chaises
Tout doit être bien clair et surtout bien égal
On partage les choses quand on partage plus les rêves

Tu garderas tes x et moi mes xy
Tant pis, on saura pas c'que ça aurait donné
C'est sûrement mieux comme ça, c'est plus sage, plus correct
On saura jamais c'qu'en pensait l'intéressé

Mais l'amour, tu peux tout le garder
Un soir, je te l'avais donné
Et reprendre, c'est voler
Et reprendre, c'est voler



Rouge

Y aura des jardins, d'l'amour et du pain
Des chansons, du vin, on manquera de rien
Y aura du soleil sur nos fronts
Et du bonheur plein nos maisons
C'est une nouvelles ère, révolutionnaire

On aura du temps pour rire et s'aimer
Plus aucun enfant n'ira travailler
Y aura des écoles pour tout l'monde
Que des premières classes, plus d'secondes
C'est la fin de l'histoire, le rouge après le noir

On aura nos dimanches
On ira voir la mer
Et nos frères de silence
Et la paix sur la terre
Mais si la guerre éclate
Sur nos idées trop belles
Autant crever pour elles
Que ramper sans combattre

Y aura des jardins, d'l'amour et du pain
On s'donnera la main tous les moins que rien
Y aura du soleil sur nos fronts
Et du bonheur plein nos maisons
C'est une nouvelle ère, révolutionnaire

Un monde nouveau, tu comprends
Rien ne sera plus jamais comme avant
C'est la fin de l'histoire, le rouge après le noir



Sache que je

Il y a des ombres dans "je t'aime"
Pas que de l'amour, pas que ça
Des traces du temps qui traine
Y'a du contrat dans ces mots là

Tu dis l'amour a son langage
Et moi les mots ne servent à rien
S'il te faut des phrases en otage
Comme un sceau sur un parchemin

Alors sache que je
Sache le
Sache que je

Il ya mourir dans "je t'aime"
Il y a je ne vois plus que toi
Mourir au monde, à ses poèmes
Ne plus rire que ses rimes à soi

Un malhonnête stratagème
Ces trois mots là n'affirment pas
Il y a une question dans je t'aime"
Qui demande "et m'aimes-tu, toi?"

Alors sache que je
Sache le
Sache que je



Serre moi

Parce que la pluie, le sort
Les vents, la nuit, dehors
Les mots tremblants qu'on ne sait plus croire
Parce que les absents et nos mémoires
Parce qu'avec le temps, va
Tout, dit-il, tout s'en va
Beau camarade, nos beaux espoirs
Parce que la triste ironie des miroirs

Des malins qui parlent haut
Des oubliés privés de mots

Serre-moi fort
Serre-moi encore, petite
Quand ta jeunesse et ton décors
Sans tes caresses, la vie mord

Serre-moi fort
Serre-moi encore, petite
Ferme les bras, ferme la porte
Aux diables qui m'emportent
Aux diables qui m'emportent
Aux diables qui m'emportent



Tout était dit

Elle écrit seule à sa table et son café refroidit
Quatre mètres infranchissables, un bar un après-midi
J'avais rendez-vous je crois, j'avais pas le temps
Avec un pape ou peut-être un président
Mais la fille est jolie
Et les papes sont sûrement patients

Elle était là dans son monde, son monde au beau milieu du monde
Loin, ses yeux posés ailleurs, quelque part à l'intérieur
Plongée dans son livre, belle abandonnée
En elle je lis tout ce qu'elle veut cacher

Dans chacun de ses gestes un aveu, un secret dans chaque attitude
Ses moindres facettes trahies bien mieux que par de longues études
Un pied se balance, une impatience, et c'est plus qu'un long discours
Là, dans l'innocence et l'oubli
Tout était dit

On ne ment qu'avec des mots, des phrases qu'on nous fait apprendre
On se promène en bateau, pleins de pseudo de contrebande
On s'arrange on roule on glose on bienséance
Mieux vaut de beaucoup se fier aux apparences
Aux codes de corps
Au langage de nos inconsciences

Muette étrangère, silencieuse bavarde
Presque familière, intime plus je te regarde
Dans chacun de tes gestes un aveu, un secret dans chaque attitude
Même la plus discrète ne peut mentir à tant de solitude
Quand ta main cherche une cigarette c'est comme une confession
Que tu me ferais à ton insu

À ta façon de tourner les pages, moi j'en apprends bien davantage
La moue de ta bouche est un langage, ton regard un témoignage
Tes doigts dans tes cheveux s'attardent, quel explicite message
Dans ton innocence absolue

Et ce léger sourire au coin des lèvres c'est d'une telle indécence
Il est temps de partir, elle se lève, évidente, transparente
Sa façon de marcher dans mon rêve, son parfum qui s'évanouit
Quand elle disparait de ma vie
Tout était dit



Un, deux, trois

Ça m'a pris par surprise
Quand j'étais qu'un gamin
J'regardais tomber mes nuits
Et j'en attendais rien

Moi à Springfield, Massachusetts
La vie coulait comme de l'eau
Un matin j'ai pris perpète
En ouvrant la radio

Ça s'appelait rock and roll
Moi ça m'a rendue folle
Moi j'y ai rien compris
Sauf que c'était ma vie
T'y comprends rien mais qu'ça sonne

Ça f'sait 1,2,3 - Pretty mama
4,5,6 - I miss you
7,8,9 - Can't get enough
10,11,12 - I ain't got the blues

One, two, three - Come on baby
Four, five, six - A kiss
Seven, eight, nine - You're on my mind,
Ten, eleven, twelve - Tell me when

Il paraît qu'il y en aurait qui se damnent
Pour du pouvoir pour de l'or
Chacun sa façon de brader son âme
On les plaint pour ce qu'ils ignorent

Moi quand j'entends l'ntro de "Hey Joe"
Oh j'le comprends mieux qu'aucun mot
Et rien ne me met dans le même état
Que la voix d'Aretha

Et c'était plus qu'une musique
Un langage, une communion
Une religion laïque
Notre façon de dire non

Des cheveux longs jusqu'au blouson
Mêmes idoles et mêmes temples
Nous allions tous même direction
Nulle part, oui mais ensemble



Veiller tard

Les lueurs immobiles d'un jour qui s'achève
La plainte douloureuse d'un chien qui aboie
Le silence inquiétant qui précède les rêves
Quand le monde a disparu l'on est face à soi

Les frissons où l'amour et l'automne s'emmêlent
Le noir où s'engloutissent notre foi, nos lois
Cette inquiètude sourde qui coule en nos veines
Qui nous saisit même après les plus grandes joies

Ces visages oubliés qui reviennent à la charge
Ces étreintes qu'en rêve on peut vivre cent fois
Ces raisons-là qui font que nos raisons sont vaines
Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard

Ces paroles enfermées que l'on n'a pas pu dire
Ces regards insistants que l'on n'a pas compris
Ces appels évidents, ces lueurs tardives
Ces morsures aux regrets qui se livrent à la nuit

Ces solitudes dignes au milieu des silences
Ces larmes si paisibles qui coulent inexpliquées
Ces ambitions passées mais auxquelles on repense
Comme un vieux coffre plein de vieux jouets cassés

Ces liens que l'on sécrète et qui joignent les êtres
Ces désirs évadés qui nous feront aimer
Ces raisons-là qui font que nos raisons sont vaines
Ces choses au fond de nous qui nous font veiller tard